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Contraception

20 oct 2013

Il faut repenser la contraception chez les très jeunes femmes

D'après un entretien avec Israël Nisand, Strasbourg
Les années passent et le bilan en termes de contraception chez les jeunes a plutôt tendance à empirer qu’à s’améliorer, comme en témoigne la stagnation du nombre de recours à l’IVG en France. Parmi les multiples raisons permettant d’expliquer ce constat d’échec, l’une tient à l’inadéquation entre les moyens contraceptifs proposés aux jeunes et leurs besoins.
Est-il nécessaire de rappeler la fiabilité contestable des préservatifs en matière de contraception ? Quant à la contraception orale, chacun sait qu’elle est très fiable sous condition d’être correctement suivie, ce qui est loin d’être le cas chez les jeunes femmes : incompréhension du mode d’action des contraceptifs oraux, oublis de prise, arrêts inopinés, etc., dans un contexte où la sexualité des jeunes est encore tabou et les hormones brandies comme une menace pour la santé par les médias. Et l’IVG, même gratuite, mais onéreuse en termes de coût de santé et loin d’être une expérience « constructive » pour celles qui la subissent, ne pourra jamais être assimilée à une méthode contraceptive. Dans ce contexte, le Pr Israël Nisand estime que les contraceptions de longue durée devraient être proposées de préférence aux très jeunes femmes qui ont surtout besoin d’une contraception efficace, de longue durée, réversible et ne nécessitant pas une observance parfaite. Le stérilet n’est probablement pas la bonne solution chez les toutes jeunes femmes. En effet, il serait contradictoire de proposer la pose d’un stérilet qui nécessite de mettre un spéculum et une pince de Pozzi, alors même qu’il est déconseillé d’examiner les jeunes dans le cadre d’une consultation pour contraception. Ces gestes sont possibles dans le cadre d’une IVG, mais peu concevables pour une contraception.La raison n’est pas tant le risque infectieux que la perception par ces jeunes femmes de la contraception ; l’insertion d’un implant contraceptif n’est pas choquante pour une jeune fille, alors que la mise en place d’un stérilet peut être mal vécue. Pour I. Nisand, la nulliparité en soi n’est pas un obstacle à la mise en place d’un stérilet, mais il faut distinguer deux périodes dans ce jeune âge : les 15-20 ans et les 20-25 ans. Dans cette deuxième tranche d’âge, il se dit très favorable au stérilet, d’autant plus que le risque infectieux et la barrière de l’examen gynécologique semblent moindres. Chez les moins de 20 ans, l’implant contraceptif souscrit à la plupart des critères requis En premier lieu, l’implant contraceptif est efficace (tableaux 1 et 2) et ce, durablement (figure).       Il ne nécessite aucune observance. Il n’a aucune des contre-indications à respecter avec les estroprogestatifs (thrombophilie, migraines avec aura, tabagisme, etc.). Sa pose est simple, de même que son retrait. Les jeunes femmes ont une bonne acceptation de cette méthode qui possède un autre avantage substantiel, celui de la discrétion (pas de plaquettes de pilules) dans un environnement familial et social où la sexualité des jeunes n’est pas forcément admise. Les inconvénients éventuels de la contraception progestative doivent être relativisés. Environ 15 % des très jeunes femmes auront quelques spottings ; une information préalable à propos de cet effet, indésirable mais non délétère, permet d’en améliorer la tolérance. C’est le prix à payer pour cette contraception discrète et les jeunes femmes l’acceptent plus facilement que les femmes plus âgées. Grâce à cette information préalable, le nombre de retraits motivés par les saignements peut être diminué de moitié. A contrario, il sera nécessaire de retirer l’implant chez certaines femmes qui prennent beaucoup de poids et chez celles qui ont de l’acné (3-4 %), désordre qui constitue une contre-indication relative au préalable de cette méthode contraceptive. Le faible coût de l’implant contraceptif représente un autre avantage de cette méthode de contraception. L’échec actuel de la politique de prévention des grossesses non désirées en France n’est pas inéluctable à condition de proposer des moyens contraceptifs adaptés à chaque âge. Pourcentage d’échecs en fonction de la méthode de contraception à 1, 2 et 3 ans(2).  À cet égard, la contraception de longue durée a toute sa place chez les très jeunes femmes. Il reste donc beaucoup à faire : éduquer les jeunes à la sexualité, ne serait-ce qu’en appliquant les textes législatifs prévoyant une information tout au long du cycle scolaire, ne pas laisser ce rôle aux médias qui véhiculent la pornographie, et former les acteurs de santé à la contraception. Propos recueillis par M. DEKER

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