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Congrès

28 mai 2021

Infertilité – L’horloge biologique sonne aussi pour les hommes

Michèle DEKER, Paris
Infertilité – L’horloge biologique sonne aussi pour les hommes

Pour de multiples raisons, il existe un mouvement général de report des maternités, auquel ont contribué les progrès de la contraception et la diffusion de l’IVG. 
L’ignorance voire le déni des femmes et des hommes concernant la chute de la fertilité avec l’âge y paricipent aussi. 
Les données de l’INSEE montrent qu’en 2015, 33,8 % des bébés avaient leurs deux parents âgés de plus de 40 ans. 
On parle surtout de l’âge des femmes, beaucoup moins de celui des pères alors que l’âge à la paternité a suivi la même courbe que l’âge des mères à la maternité. 
our la seule année 2016, 16 000 enfants sont nés de père âgé de plus de 50 ans.

Le nombreux paramètres impliqués dans la reproduction masculine sont susceptibles de s’altérer avec le temps. Il apparaît que l’âge de l’homme a un impact négatif sur la mobilité et la morphologie de la numération des spermatozoïdes, et que la fragmentation de l’ADN augmente avec l’âge. Une étude récente a montré une diminution du volume spermatique à partir de 50 ans, du nombre de spermatozoïdes, de leur mobilité, de leur survie, une augmentation de la fragmentation de l’ADN et des aneuploïdies. La fécondité naturelle chute avec l’âge de l’homme, ce qui se traduit par un allongement du délai pour concevoir : 6 mois avant 30 ans, 32 mois au-delà de 50 ans. La majorité des études montrent aussi un effet délétère de l’âge paternel sur les résultats de l’AMP en IIU et en FIV/ICSI. Dès 1995, il avait été démontré une augmentation des aneuploïdies embryonnaires chez les donneurs de sperme de plus de 50 ans, deux fois plus élevée comparativement aux donneurs de moins de 30 ans. Le risque de trisomie est aussi multiplié par trois si le père est âgé de plus de 50 ans. L’augmentation des aneuploïdies avec l’âge du père entraîne logiquement une augmentation des fausses couches et des morts in utero. Il a aussi été mis en évidence une relation entre l’âge du père et diverses complications de la grossesse (prééclampsie, prématurité, diabète gestationnel, etc.). Quant aux enfants, le risque de pathologies augmente, mais il est relativement faible en valeur absolue. Plusieurs études ont néanmoins montré une relation entre l’âge paternel et la prévalence des troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant (autisme, bipolarité, schizophrénie), qui mettent en cause non seulement la génétique, les mutations, l’épigénétique mais aussi les relations père-enfant. La plupart des études suggèrent que la chute de la fertilité et les risques reproductifs débutent dès l’âge de 40 ans et non plus 50 ans. Ce constat a conduit une équipe américaine à poser trois questions pertinentes concernant les hommes souhaitant une paternité tardive : faut-il faire un diagnostic préimplantatoire ? Comment conseiller les patients sur le risque ? Une autoconservation de sperme serait-elle souhaitable chez les hommes planifiant une paternité tardive ? En 1975, l’âge moyen à la première grossesse était de 26,1 ans ; en 2019, il est de 30,7 ans. Nous savons que la fertilité féminine chute autour de 40 ans et s’effondre vers 45 ans, que les capacités reproductives cessent bien avant la survenue de la ménopause. En fertilité assistée, l’âge est le premier facteur de succès : le taux d’accouchement par cycle est de 3,7 % après 40 ans comparativement à 8,1 % entre 35 et 39 ans, et 9,8 % jusqu’à 34 ans (ESHRE) ; en FIV/ICSI, toutes les études vont dans le même sens. Selon les données de l’Agence de biomédecine, en FIV, le taux d’accouchement à 30 ans est de 26,7 %, 7,9 % de 40 à 42 ans. Ces données ont conduit des épidémiologistes à bâtir un modèle pour maximiser les chances pour un couple de bâtir une famille de 1, 2 ou 3 enfants avec une probabilité de 50, 75 ou 90 % (tableau). Ces chiffres mériteraient d’être mieux connus dans le public. Derrière toutes ces parentalités tardives, il faut reconnaître, au-delà des causes classiques (carrière professionnelle, difficultés à rencontrer « l’homme ou la femme de sa vie »), d’autres raisons : l’ignorance ou le déni du déclin de la fertilité avec l’âge, la confiance imméritée dans l’AMP, le mythe de la grossesse possible à tout âge, l’ignorance des complicaions de la grossesse tardive, l’ignorance ou le déni des hommes de leur propre ferilité avec l’âge et de celle des femmes. À titre d’exemple, dans une enquête auprès d’étudiantes sages-femmes en France : 93 % seulement connaissent la noion de réserve ovarienne ; 86,5 % pensent que la FIV permet à une femme de concevoir même avec une réserve ovarienne considérablement diminuée ; pour 43,9 % d’entre elles, une acivité physique et une alimentaion saine ont une acion bénéfique sur la préservaion de la réserve ovarienne. Les étudiants en médecine ne font pas mieux, selon une étude américaine. Les médecins devraient être conscients des concepions erronées sur la ferilité des femmes et des hommes. L’AMP n’est pas une baguete magique pour pallier les problèmes de ferilité liée à l’âge.

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