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Cancérologie

08 jan 2012

Quel impact osseux des anti-aromatases ?

Dr Juliette Lasoudris Laloux
Les anti-aromatases ont prouvé leur efficacité en traitement adjuvant du cancer du sein, mais un hyper remodelage osseux et une perte osseuse rapide ont été associés à ce type de traitement, vraisemblablement en raison de l’action des anti-aromatases sur la production locale d’oestradiol. Ainsi, l’incidence fracturaire apparaît plus élevée chez les femmes traitées par anti-aromatases, en comparaison au tamoxifène. Il existe peu d’études sur le traitement préventif de ces complications osseuses.
Cette étude prospective longitudinale française a été menée durant 3 ans chez 497 femmes ménopausées, âgées en moyenne de 63,8 ans, et traitées par anti-aromatases (letrozole, anastrozole ou exemestane) en traitement adjuvant d’un cancer du sein sans métastases osseuses. Le critère principal d'évaluation était la survenue de nouvelles fractures vertébrales radiographiques. A l’entrée dans l’étude, 24,5 % des femmes avaient un T-score lombaire ou fémoral < - 2 DS. Dix-neuf pour cent d’entre elles avaient un antécédent de fracture périphérique et 19,7 % avaient au moins une fracture vertébrale radiographique. A 3 ans, dans le groupe des femmes indemnes d'ostéoporose (n = 271), et donc non traitées par bisphosphonates, ont été rapportées une réduction de 12 % du CTX (télopeptide C-terminal), marqueur de la résorption osseuse (p < 0,01), ainsi qu’une perte osseuse de 3,3 % au rachis (p < 0,01) et de 1,6 % au col fémoral (p < 0,01). Durant le suivi, 12 femmes de ce groupe (4,4 %) ont présenté une nouvelle fracture vertébrale, et 12 également (4,4 %), une nouvelle fracture périphérique. Chez les 119 patientes ostéoporotiques traitées par bisphosphonates, calcium et vitamine D, en plus du traitement par anti-aromatase, il n’y avait pas de gain ou de perte osseuse significative, mais il y avait une réduction des marqueurs osseux de résorption (CTX : - 34 %) et de formation (PAO [phosphatase alcaline osseuse] : -23 %). Dix-huit femmes (15 %) ont présenté une nouvelle fracture vertébrale, et 11 (9,2 %), une nouvelle fracture périphérique. Au total, chez les femmes indemnes d'ostéoporose, traitées par une anti-aromatase pendant 3 ans, la perte osseuse et le risque de nouvelle fracture sont faibles. Chez les femmes ostéoporotiques sous anti-aromatase traitée par bisphosphonates oraux, la perte osseuse est certes stoppée et le remodelage osseux réduit. Mais la survenue de nouvelles fractures reste toutefois fréquente. Le traitement par anti-aromatase doit être considéré comme un facteur de risque ostéoporotique. La recherche de fracture de fragilité osseuse ou d’ostéoporose est nécessaire  avant de débuter ce type de traitement. Une densitométrie osseuse est recommandée chez toute patiente lors de l’initiation d’un traitement par anti-aromatase. L’indication du traitement par bisphosphonates dépend de l’évaluation du risque ostéoporotique individuel.

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