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Sexologie

19 jan 2014

Un porno pour les femmes !

Philippe Brenot, Psychiatre, Directeur des enseignements de Sexologie et Sexualité humaine à l’université Paris Descartes
L’excitation n’a pas de genre. Pourtant, la domination sans concession des images à destinée masculine sur le web semblerait accréditer la thèse selon laquelle l’excitation est avant tout masculine !
  Excitation féminine Les voies de l’amour sont impénétrables, nous le savons pertinemment. Les chemins de la séduction également si nous nous laissons leurrer par les messages toujours dominants qui sont ceux des hommes, majoritairement excités par les signaux visuels. Les vidéos pornos, si banales sur le net, sont là pour nous le rappeler. Les femmes, quant à elles, seraient plus sensibles à d’autres canaux sensoriels : le toucher, les caresses et l’ouïe, c’est-à-dire les caresses verbales. Plus sensibles aux mots mais aussi au ton et à la tessiture de la voix masculine, particulièrement grave car imbibée de testostérone. Si l’on reste sur le plan du visuel, les femmes ne font pas le poids. C’est peut-être pour ça que les hommes multiplient les signaux dans ce sens et saturent la toile de stimulations qui leur conviennent. Alors pourquoi le porno ne serait-il pas aussi féminin ? On a dit les femmes romantiques, sensuelles, suggestives… Ces stéréotypes ne sont en rien dévalorisants, ils signent la sensibilité par laquelle les femmes accèdent à l’excitation ; il n’est de se souvenir combien l’emblématique Emmanuelle, en 1974, aura ému de nombreuses femmes qui découvraient les voies d’un érotisme personnel. Les temps ont changé, la liberté sexuelle a laissé place à une sexualité plus directe, mais les voies de l’excitation sont toujours les mêmes. Oui, le porno peut intéresser les femmes, mais certainement sous des formes qui leur correspondent. Catherine Breillat a initié ce chemin, notamment par son remarquable Romance qui offre une lecture différente d’un porno purement masculin. C’est également le cas d’une série de courts-métrages connus sous le nom d’X-Femmes réalisés par Lola Doillon, Arielle Dombasle, Mélanie Laurent… qui ne sont pas des films pornographiques au sens habituel du terme, mais plutôt des films de femmes qui parlent de la montée du désir, des stimulants de la libido féminine, de l’esthétique de la relation… La pornographie est trop souvent connotée masculine, un genre nouveau est à trouver dont les femmes ont aujourd’hui besoin.   Cinquante nuances Le récent et extraordinaire succès marketing du « porno des mamans » (Mommy Porn) Cinquante nuances de Grey (40 000 exemplaires vendus le 1er jour de sa mise en librairie en France, 200 000 en un mois !) doit nous interroger sur à la fois l’intérêt et la retenue des femmes vis-à-vis du « porno ». Oui, une certaine forme de pornographie (pornographie signifie littéralement : décrire directement le sexe) intéresse les femmes pour leur excitation et elles osent aujourd’hui le revendiquer tout en émettant une réserve : du porno oui, mais du porno soft ! Dans notre enquête « Les Femmes, le sexe et l’amour* », toutes disent pouvoir être excitées par des fantasmes pornographiques (ou SM), mais elles émettent une réserve quant à le vivre dans la réalité : « Je fantasme d’être avec un bad boy qui me soumet à sa volonté… mais pas trop », « J’aimerais une soumission soft, yeux bandés mais avec la possibilité de me délier, pas plus… », « J’aimerais aller un peu plus loin dans le SM, mais sans tomber dans l’humiliation ni la douleur… ». Tout un jeu entre le fantasme et la réalité qui, à lui seul, fait roman.

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