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Grossesse

Publié le 09 juil 2024Lecture 7 min

Le soleil et photoprotection chez la femme enceinte et l’enfant

Clarence de Belilovsky(a), Sophie Guillaume(b), a. Dermatologue, Institut Fournier Paris, Épernon, b. Sage-femme coordonnatrice en maïeutique, pôle mère-enfants, centre hospitalier de Bastia

Risques liés à l’exposition aux rayons UV, processus d’apparition du cancer de la peau, réflexes de prévention infantile et de la femme enceinte : voici les points abordés dans cet article à l’approche de l’été.

Le spectre solaire qui arrive sur terre est composé pour 50 % de rayonnements visibles(longueur d’onde 400-700 nm), pour 40 % d’infrarouges (> 700 nm), pour 10 % d’ultraviolets (290-400 nm) comprenant majoritairement les UVA (95 %) (320-400 nm) et un peu les UVB (5 %) (290-320 nm). Le soleil provoque des altérations des cellules épidermiques (kératinocytes et mélanocytes) et un déficit de l’immunité. Les UVB sont surtout responsables des coups de soleil, du bronzage et des cancers cutanés. Les UVA provoquent surtout un stress oxydatif et le vieillissement cutané mais participent un peu aux cancers. La lumière visible intervient dans l’hyper pigmentation (masque de grossesse, par exemple), et les infrarouges (IR) dans la chaleur. Des expositions solaires prolongées durant de multiples années provoquent surtout des carcinomes (issus des kératinocytes) sur les zones découvertes( visage, crâne, haut du dos) à long terme. L’effet est cumulatif. Des expositions solaires intenses, intermittentes avec des coups de soleil provoquent surtout des mélanomes (cancers pigmentés issus des mélanocytes), parfois chez les sujets jeunes. Ces mélanomes peuvent surgir spontanément ou provenir de la transformation d’un grain de beauté. Comme la peau a une mémoire, des coups de soleil pendant l’enfance peuvent provoquer un mélanome à l’âge adulte. Normalement, nous avons un système de réparation de l’ADN des cellules : la protéine p5. Soit elle répare les dégâts, s’ils ne sont pas trop importants, soit elle élimine. Mais, lorsque les lésions cellulaires causées par le rayonnement solaire sont trop nombreuses (Sunburn cells ou cellules « coups de soleil »), le capital solaire s’épuise et le système de réparation p53 est à la fois surchargé et inefficace (à la suite d’une mutation) ; il n’est plus en mesure de réparer les cellules endommagées qui s’accumulent, c’est le début du processus de cancérisation de la peau. À l’âge de 18 ans, une personne a ainsi atteint environ 25 à 50 % de son exposition totale au soleil. • Les bienfaits du soleil sont la synthèse de la vitamine D fixant le calcium sur les os (une exposition au soleil de 10 min/jour d’une zone limitée permet à l’organisme de synthétiser suffisamment de vitamine D) et la sensation de bien-être via la synthèse de mélatonine.   La photoprotection naturelle de la peau   Nous ne bronzons que lorsque notre patrimoine génétique (ADN) est attaqué : il s’agit d’un système de défense. Cette capacité de synthétiser de la mélanine à partir des mélanocytes a pour but de nous protéger. Il varie en fonction du phototype, au nombre de 6, lequel est déterminé par la couleur de la peau, des cheveux et des yeux(1). Cependant, cette capacité n’est pas suffisante. Il est donc nécessaire d’utiliser une protection solaire en tenant compte de différents critères (ensoleillement, saison, phototype, âge surtout chez l’enfant).   Quel écran solaire choisir : avec principes actifs physiques ou chimiques ?   Il s’agit uniquement d’une question de préférence du consommateur. Les écrans solaires sont testés selon les mêmes normes et soumis aux mêmes obligations réglementaires pour garantir des formulations sûres et efficaces. Le meilleur choix est une protection solaire à large spectre avec un indice SPF de 30 ou plus. Les réglementations européennes sur les produits cosmétiques ont établi une liste des 29 filtres pouvant être contenus dans les produits de protection solaire avec des concentrations maximales et des conditions d’emploi pour chacun d’entre eux. Deux sont des filtres minéraux (dioxyde de titane et oxyde de zinc) et des filtres chimiques. Parmi les filtres chimiques, le diéthylamino hydroxybenzoyl hexyl benzoate, l’éthylhexyl triazone, le diéthylhexyl butamido triazone et le biséthylhexyloxyphénol méthoxyphényl triazine ont une excellente tolérance et peuvent être utilisés dès la naissance. • D’un point de vue dermatologique, plusieurs filtres chimiques possèdent un risque d’allergie cutanée(2). Ainsi, si une personne a fait une allergie à un filtre de type octocrylène ou benzophénone, elle ne pourra plus jamais appliquer de gel antiinflammatoire à base de kétoprofène. Chaque catégorie (minéraux et chimiques) est considérée comme sûre avec des questionnements pour chacune. Pour obtenir une galénique/texture acceptable et avoir la meilleure efficacité, les filtres purement minéraux sont sous forme de nanoparticules, lesquelles sont notamment questionnées sur leur pénétration à travers la peau. Or, la majorité des études in vitro (réalisées sur les peaux animales et humaines) et in vivo ont montré que les nanoparticules de ZnO et de TiO2 ne pénètrent pas ou seulement de manière minimale dans la couche cornée. Cela donne à penser qu’une absorption systémique entraînant une réponse toxique est très peu probable(3,4). Ce sont les seuls filtres permettant une certification bio à ce jour. L’absorption des filtres chimiques est également questionnée. Cependant, l’application de produits à base de filtres chimiques n’a jamais montré de trouble clinique significatif dans aucune étude. Certains filtres solaires(benzophénones et octocrylènes) ont été identifiés comme susceptibles d’être à l’origine de perturbations endocriniennes. Une récente revue systématique a conclu qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour étayer une relation causale entre leurs taux sanguins et des résultats indésirables sur la santé(4). • D’un point de vue environnemental, l’accumulation de certains filtres pourrait amener au blanchiment et à la mort des coraux. L’état d’Hawaï aux États-Unis a promulgué une loi qui interdit déjà 2 filtres chimiques controversés (oxybenzone, octinoxate) suspectés d’entraîner le blanchiment des coraux, ceci afin de protéger la biodiversité. Les experts discutent la part relative des filtres et celle de l’augmentation de la température et de la salinité des océans dans ce phénomène(5). Les filtres doivent être rigoureusement choisis pour leur meilleure tolérance, leur efficacité conjuguée et leur possibilité d’utilisation dès la naissance.   La photoprotection pendant la grossesse   Pendant la grossesse, le principal risque pour la peau est celui de l’hyperpigmentation, en particulier le masque de grossesse du visage. Son origine est multifactorielle : – facteurs internes : facteurs hormonaux (œstrogènes, progestérone, MSH, ACTH) ; – facteurs externes : environnement (UVB, UVA, lumière visible, IR, pollution) ; – facteurs irritants : dermatite de contact, procédures esthétiques ; – facteurs génétiques : famille (40-60 % au 1er degré vs 15-25 %) ; – facteurs ethniques: phototype (asiatique, hispanique, phototypes 3 à 5). L’exposition solaire joue un rôle de déclencheur avec l’ensemble du spectre solaire qui en est la cause. Une prévention est indispensable, car le traitement du mélasma n’est pas toujours efficace, avec de nombreuses rechutes à chaque exposition solaire, même minime (figure 1). Figure 1. Mélasma, appelé aussi « masque de grossesse », présent ici au-dessus de la lèvre supérieure.   La protection idéale est à très large spectre anti-UVA, anti-UVB, anti lumière visible (longueurs d’onde plus courtes), anti-IR avec par exemple une protection solaire teintée. Le reste du corps doit être protégé également. La protection vestimentaire sera toujours préférée.   La photoprotection de la peau de l’enfant   Un facteur de protection (SPF) 50+ pour les UVB avec un rapport pour les UVA > 1/3 du SPF indiqué sur l’étiquetage est recommandé, quel que soit le type de peau. Ce n’est pas trop, car, en pratique, c’est moins de la moitié de la quantité recommandée qui est appliquée ! Il faut penser à crémer les enfants avant de partir : 98 % des familles appliquent un écran solaire dans les 9 à 51 minutes suivant leur arrivée sur la zone ensoleillée. Et évidemment renouveler la crème toutes les 2 heures. L’application d’un écran solaire ne doit pas augmenter la durée d’exposition au soleil.   Les meilleures pratiques en matière de photoprotection   • Porter des chapeaux à bords larges et des vêtements aux mailles serrées aérés ou spéciaux protégeant contre les UV. • Se mettre à l’ombre et utiliser des ombrelles et des pare-soleil. • Limiter l’exposition au soleil entre 10 et 16 heures. • Le produit de protection solaire doit être appliqué 30 minutes avant d’aller à l’extérieur. • Appliquer la quantité appropriée (2 mg/cm2). • Réappliquer toutes les 2 heures et après avoir été dans l’eau, avoir transpiré, fait de l’exercice physique et s’être séché à l’aide d’une serviette.   En conclusion   Il est essentiel de protéger la peau sensible des effets néfastes du soleil. Il est essentiel de sensibiliser sur la mise en œuvre de mesures de protection solaire cohérentes, y compris l’utilisation d’un produit de protection solaire, pour prévenir les dommages causés par le soleil. Cette approche préserve non seulement la peau, mais elle cultive également des habitudes plus saines qui contribuent au bien-être à long terme. D’après l’article « Le soleil, l’enfant et la femme enceinte », Sage-Femme pratique, mai 2024.

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