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Sexologie

14 avr 2013

Symptômes en miroir

Philippe BRENOT, Psychiatre, Directeur des enseignements de Sexologie et Sexualité Humaine à l’université Paris Descartes
Notre formation médicale nous a appris la lecture symptomatique et le regroupement des symptômes en syndromes pouvant alors constituer des maladies. Cette structure cartésienne et efficace de la médecine occidentale a permis les formidables progrès sanitaires de nos sociétés. Elle pèche cependant par son excès de catégorisation qui ne lui fait reconnaître que des entités distinctes dans un champ pathologique donné. Nous sommes alors aveugles des symptomatologies plus complexes qui relèvent notamment de l’interrelation, c’est-à-dire des liens entre les personnes.
Dans les années 1960, sur le modèle naissant de l’écologie qui privilégiait la notion de système, les pionniers de la psychosomatique, en premier lieu Franz Alexander et l’école de Chicago, appliquèrent ces modèles à la médecine pour décoder des tableaux complexes qui ne répondaient pas au modèle symptomatique. C’est ainsi que l’on a étudié l’interaction des individus entre eux, à l’intérieur des groupes, du voisinage, pour comprendre des relations bio-psychologiques multiples entre ces différents acteurs. Il en va de même au sein du couple de la famille, où le point d’appel d’un individu (l’asthme d’un enfant par exemple) peut être l’expression d’un malaise du groupe que la médecine traditionnelle n’a pas l’habitude de prendre en compte. Symptôme masculin/symptôme féminin Muriel a 35 ans, elle est attachée de direction dans une grande entreprise où elle est entrée grâce aux relations de sa mère qui en avait été elle-même salariée. Muriel est mariée depuis près de dix ans avec Bruno, de deux ans plus âgé qu’elle. Ils ont deux enfants, Adèle et Romain, et connaissent un équilibre familial que tous leurs amis leur envient. Derrière cette apparence, le couple va mal. Muriel est très insatisfaite de leur relation, mais surtout de leur sexualité qui n’a jamais été satisfaisante. C’est Bruno qui consulte pour un trouble érectile d’installation ancienne et progressive. Le bilan biologique, toujours nécessaire dans les tableaux complexes, ne met en évidence aucun déficit hormonal ni de la dynamique érectile. Par ailleurs, il ne présente pas d’éléments de la lignée dépressive si ce n’est une note anxieuse d’anticipation liée à sa personnalité dépendante. « C’est Muriel qui insiste, depuis longtemps elle veut que je résolve mon problème, mais je ne comprends pas. » Comme à mon habitude, et dès que le symptôme dépasse la seule dimension de l’individu, je lui propose un entretien de couple, mais il me répond qu’elle ne désirera certainement pas car, a-t-elle l’habitude de dire, « C’est ton problème, tu dois le résoudre ! ». J’insiste tout de même : « Je vous propose d’en parler à votre épouse en lui demandant d’accepter un entretien de couple, car la sexualité en général ça se fait à deux, ce qui permettra de mieux comprendre votre difficulté actuelle. » Le rendez-vous a été accepté, il a permis de prendre conscience de l’interaction des symptômes dans le couple : Muriel vit un hypodésir permanent avec anorgasmie. Elle n’a connu qu’un partenaire avant Bruno et le début de sa sexualité n’a été que douleur et incompréhension. Leur histoire amoureuse fut pour elle le début de tous les espoirs, vite déçus car elle attendait tout de son partenaire… et rien n’est venu. Muriel est une personnalité autoritaire, assez rigide et exigeante. Elle excelle dans sa vie, personnelle et professionnelle, grâce à sa maîtrise des pulsions, tout le contraire de ce que nécessite la sexualité. Le couple est un miroir Le couple est un miroir de nos comportements réciproques. Selon les situations, il atténue ou amplifie nos réactions. Il en va de même pour les symptômes qui trouvent une réponse chez le partenaire par un autre symptôme. C’est particulièrement le cas en ce qui concerne la sexualité dont les signes sont relationnels, c’est-à-dire qu’à l’opposé de l’idée freudienne, un peu ancienne, selon laquelle un symptôme qui disparaît quelque part réapparaît sous une autre forme, les symptômes sexuels sont des symptômes relationnels, il ne se déplacent pas. Tout au contraire, ils permettent un réaménagement de la situation première pour un nouvel équilibre. Le travail que nous avons effectué avec Muriel et Bruno a tout d’abord permis à Muriel de prendre conscience de l’interdépendance des comportements et des émotions dans le couple. Et surtout de prendre conscience que les symptômes du partenaire porte-symptôme sont d’abord ceux du couple. C’est l’étape la plus importante pour l’évolution d’une telle situation : accepter que les signes soient partagés. L’anorgasmie et l’absence de réaction de Muriel ont progressivement affaibli les signaux d’excitation de Bruno qui a vécu une première panne, puis la répétition émotionnelle de cet échec. L’insatisfaction et les réactions exigeantes de Muriel ont ensuite majoré et pérennisé ce trouble initialement banal. La thérapie aura ensuite permis à Muriel de se découvrir et de savoir comment adresser des signaux de réceptivité à son partenaire. La sexualité peut ici se comprendre comme un échange de signaux amoureux.

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