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Sexologie

Publié le 09 mar 2022Lecture 7 min

La sexualité positive

Iv PSALTI, Docteur en sciences biomédicales, sexologue clinicien, Bruxelles (Belgique)*

Pour bien comprendre la sexualité du patient qui est face à moi, j’essaie d’abord de simplifier mon approche en utilisant les cases « sexophilie » et « compétences sexuelles ». Cependant il est évident que le comportement sexuel est plus complexe quand on prend en compte les diverses dysfonctions, surtout dans le cadre d'une prise en charge sexothérapeutique.

La sexualité est l'ensemble des comportements relatifs à la satisfaction des besoins érotiques. La sexualité positive prône un mieux-être sexuel. Dans cette optique, le sexe est bon pour la santé. L’épanouissement sexuel est à la portée de tous... à condition de le désirer, d’être curieux et motivé. La sexualité n’a rien d’exceptionnel ; c’est tout simplement une façon comme une autre de prendre du plaisir. Le gastronome prend du plaisir en mangeant, l’œnophile en dégustant du vin, le cinéphile en regardant un film, le mélomane en écoutant de la musique, le sportif en pratiquant son sport préféré et le sexophile en faisant l’amour. La sexualité est considérée comme une ressource personnelle positive. Elle n’est pas naturelle, elle s’apprend et se découvre lentement, au gré des expériences. À 20 ans, on n’a pas la même sexualité qu’à 40, 60 ou 80 ans. La sexualité a la particularité, le plus souvent, de se bonifier avec l’âge. Elle est destinée à soi-même, à son propre bonheur dans la « sexualité personnelle », sinon, dans le meilleur des cas, elle a surtout pour but de partager son épanouissement avec son partenaire dans la « sexualité relationnelle ». Bases de la sexualité positive La sexualité positive constitue une synthèse de la psychologie positive, des bases théoriques de la santé sexuelle et de l’hédonisme. Elle met l’accent sur l’épanouissement affectif et sexuel des individus et des couples. Développer les 3 activités sexuelles Quand on parle sexualité, beaucoup ne pensent qu’à une sorte d’activité sexuelle : la relation sexuelle entre deux personnes. Pourtant, outre la « sexualité relationnelle », il existe aussi la « sexualité personnelle ». Dans cette dernière se trouvent deux activités sexuelles bien distinctes : entrer dans des fantasmes et s’adonner au plaisir solitaire. Les personnes adeptes de la sexualité positive pratiquent, pendant toute leur vie, ces trois activités sexuelles : fantasmes, masturbation, relation sexuelle.  En Occident, les personnes ayant la chance de vivre assez longtemps ont comme activité principale l’utilisation des fantasmes, et ce, jusqu’à plusieurs fois par jour. Plus une personne a du désir sexuel, plus elle fantasme. La majorité des humains pratiquent d’ailleurs tout au long de leur vie plus de masturbations que de relations sexuelles. La bonne éducation sexuelle Quand on parle d’éducation sexuelle, malheureusement, on n’enseigne pas aux jeunes comment « bien » se masturber. Or, c’est souvent leur seule activité sexuelle. L’éducation sexuelle dans la sexualité positive vise à se former pour arriver à aimer le sexe, à optimiser sa satisfaction sexuelle, à réussir à être un jour sexophile et à atteindre, si possible, la compétence sexuelle : c’est-à- dire, acquérir les capacités de donner du plaisir à un autre, de recevoir de l’excitation (au niveau génital) et de prendre du plaisir (au niveau du cerveau). Comment atteindre la compétence sexuelle ? Il s’agit d’un apprentissage qui peut parfois prendre des années. Certes, il existe des personnes plus douées que d’autres, comme certains ont plus l’oreille musicale que d’autres. Il faut d’abord savoir que le « bon baiseur » ou la « bonne baiseuse » universels n’existent pas. Michel peut être un très bon amant pour Micheline, mais un piètre partenaire sexuel pour Joséphine. Le bon amant, la bonne maîtresse n’est pas seulement la personne qui fait jouir son partenaire. C’est celui (celle) qui se révèle être le meilleur support des attentes de tendresse, de communication et des fantasmes de l’autre. Bref, c’est celui (celle) qui comble son partenaire. Donc, il s’agit du « donneur » de plaisir. Le compétent sexuel doit aussi être capable de « recevoir » et de « prendre » du plaisir ; il a appris comment fonctionne son corps, l’a érotisé et dompté. Les étapes pour atteindre la compétence sexuelle Ces étapes passent d’abord par l’amélioration de son image corporelle et l’érotisation d’un maximum de parties de son corps. Amélioration de l’image corporelle L’image corporelle est la représentation mentale que l’on se fait de son propre corps, à laquelle s’ajoutent les sentiments, les pensées et les jugements qu’il suscite en soi. Cette image se forme dans la petite enfance, puis par les expériences successives du regard (regard de soi dans la glace ainsi que le regard de l’autre, du père pour sa fille par exemple). Tout être humain souhaite construire une image qui le valorise. D’abord s’accepter soi-même pour ensuite se faire accepter des autres et se donner une apparence qui permet d’atteindre cet objectif. Pour bien vivre sa sexualité, on a besoin d’un corps dans lequel on se sent bien, dont on a pu apprivoiser le fonctionnement, bref un corps qu’on aime ! Le mindfulness est un très bon outil pour y parvenir. Érotiser son corps Érotiser un endroit de son corps veut dire toucher cette parie. Un message part ensuite du cerveau pour signaler que cette caresse est érotique, et le corps réagit par une excitation sexuelle : érection chez l’homme et lubrification chez la femme. Toute partie du corps est érotisable... si on la travaille à cet effet. La capacité de ressentir du plaisir sexuel dépend de la capacité de la personne à intégrer certaines perceptions et émotions, à les coder comme érotiques tout en étant capable de les diffuser à l’ensemble du corps, mais aussi de les canaliser vers l’espace érotique interne, comme l’utérus ou le vagin. Les conditionnements et les renforcements associés à ces zones érogènes sont importants. Le lâcher-prise Elle est composée de sexophobes, non asexuels. Le sujet peut manifester toutes les nuances de l’aversion, du dégoût pour le sexe ou du manque d’appétit sexuel. Le sexe est sale et sans attrait, c’est une perte de temps et d’énergie. N’ayant pas de désir ni de plaisir, la femme asexuelle refuse de se laisser « utiliser » comme femme-objet. Pour beaucoup, la sexualité est une violence faite aux femmes ! La femme de cette ligue parle d’une « inhibition de désir », à cause de la fatigue, du stress, de la routine, de l’incompétence du partenaire, et aussi du dégoût provoqué par l’étalement de la chair dans les médias, les publicités. Elle se plaint que le sexe est étalé partout ! En fait, je me demande souvent si ces personnes ne sont pas des obsédées sexuelles ! Les ligues 3 et 2 Les sujets de ces ligues, je les appelle les intermittents du sexe ! Ils aiment les rapports sexuels sporadiquement, leur désir sexuel est surtout fonction de l’ambiance qui règne. Parfois, ils prennent l’initiative des câlins si les conditions sont bonnes. La ligue 1 Il s’agit des sexophiles qui pratiquent le sexe sans tabou. Le sexe est une chose naturelle, et non une activité extraordinaire, il n’a pas un statut exceptionnel. La femme sexophile vit bien dans son corps, l’accepte, se plaît telle qu'elle est. Avec l’âge, elle apprend à vivre avec d’éventuels problèmes esthétiques, physiques, et ceux liés aux effets du temps qui passe. Elle a appris à érotiser son propre corps et se laisse aller au plaisir. Elle a intégré sa sexualité techniquement réussie à la globalité de sa vie relationnelle. La sexualité positive atteint son summum chez les gens : qui ont trouvé le bonheur personnel ; qui utilisent toutes les activités sexuelles ; qui ont bien érotisé leur corps ; qui ont développé une bonne entente sexuelle qui vivent dans un couple heureux. Conclusion Tout le monde ne joue pas dans la même division. La sexophobie, est-ce une maladie ? On ne peut pas obliger les gens à aimer le sexe ; c’est leur choix de ne pas s’y investir... sauf en cas d’abus, inceste, pédophilie, viol. L’antisportif ne s’investit pas du tout dans le sport et ne connaît pas l’euphorie provoquée par les décharges d’endorphines. Un œnophobe n’est pas malade, il ne s’est tout simplement pas intéressé au vin. C’est tout ! On ne peut pas obliger un sexophobe à aimer le sexe. Le but de la sexothérapie serait, selon le sexologue québécois André Dupras que : « Notre finalité ne serait plus de rétablir la santé sexuelle de quelqu’un qui n’en a cure, mais d’aider des amateurs (au sens étymologique) à se perfectionner, évoluer, se développer. Le but de la sexologie ne serait plus alors une impossible thérapie, mais l’épanouissement affectif et sexuel de personnes intéressées à vivre pleinement l’art de la rencontre sexuelle, et peut-être à faire de leur vie affective et sexuelle une véritable œuvre d’art. »

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