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Infertilité

30 juin 2021

Perturbateurs endocriniens et infertilité

P. MIRAKIAN, F. SIBEUD, Hôpital privé Natecia, Lyon

Les perturbateurs endocriniens (PE) sont ubiquitaires dans notre environnement et impactent notre quotidien de manière passive (air intérieur et air extérieur) et active à travers notre alimentation et par voie cutanée (cosmétiques).
Leur champ d’action délétère sur la santé s’élargit : malformations urogénitales, infertilité, puberté précoce, troubles du neuro-développement, maladies métaboliques, cancers hormono-dépendants, etc.

L’objectif de cet article est de faire une revue de la littérature récente sur leurs effets sur la fertilité masculine et féminine, afin de prendre conscience de l’importance d’informer les couples sur ces effets dès qu’ils souhaitent une grossesse. En effet, seulement 36,8 % des couples pensent être informés sur l’impact des perturbateurs endocriniens et l’information n’est délivrée par les médecins que dans 28,6 % des cas. Il est difficile d’incriminer les polluants comme cause de la baisse de la fécondité dès lors que les couples retardent de plus en plus l’âge de la première grossesse. Toutefois, on observe une augmentation des causes masculines et des causes inexpliquées d’infertilité sur ces 20 dernières années (figure 1). Où trouve-t-on les perturbateurs endocriniens ? – Les dioxines, dont la tétrachlorodibenzodioxine (TCDD), sont issues des processus de combustion (incinérateur, cheminée). – Les PCB sont des contaminants industriels. – Le dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT et ses dérives DDE) insecticides et les pesticides de manière plus générale regroupent les insecticides, les fongicides et les herbicides. Le triclosan est un biocide utilisé dans le dentifrice et les produits d’entretien pour son pouvoir désinfectant. – Les nonylphénols sont présents dans les détergents à usage domestique et industriel. – Le BPA entre dans la composition de certains plastiques (emballage alimentaire, revêtement intérieur des cannettes et boites de conserve, papier thermique, mastic dentaire). – Les phtalates (DHEP) sont des composants des plastiques flexibles. On peut les retrouver, entre autres, dans les emballages alimentaires, les poches à perfusion médicale, certaines gélules de médicament mais aussi les vernis, les parfums d’ambiance, les produits d’entretien. – Les retardateurs de flamme bromés, comme les éthers diphényliques polybromés (PDBE) utilisés dans les textiles et les matelas, assurent une protection contre le feu. – Les parabènes sont retrouvés dans les cosmétiques, filtres UV et produits solaires mais aussi utilisés comme conservateurs alimentaires. – Le PFOA est une colle pour fixer le téflon, utilisé dans le revêtement des casseroles. – A noter également que le soja est un perturbateur endocrinien végétal et que le tabac et l’alcool sont des réservoirs majeurs de perturbateurs endocriniens. Par exemple, la teneur en pesticides d’une bouteille de vin de 75 cl correspond à la teneur en pesticides d’un kg de raisin. Les perturbateurs endocriniens sont souvent des polluants organiques persistants (POP) : peu biodégradables, volatiles, très lipophiles et de demi-vie longue, c’est-à-dire qu’ils s’accumulent dans les sols, les nappes phréatiques et la chaîne alimentaire. Malgré le retrait du marché des plus anciens comme le DDT, car reconnus comme toxiques par les autorités publiques et sanitaires, il arrive qu’on les retrouve dans la graisse des animaux, les poissons gras et les fruits de mer. La voie de contamination responsable de l’exposition fœtale est le cordon ombilical, qui véhicule au fœtus les polluants de la mère tout au long de la grossesse (figure 2). L’exposition embryonnaire et fœtale aux perturbateurs endocriniens pendant la vie utérine peut perturber l’expression des gènes ainsi que son développement (concept DoHad pour « developmental origins of health and disease »). Comment interfèrent-ils sur notre santé ? Ils interfèrent par des mécanismes complexes avec notre système endocrinien (aryl hydrocarbon R, ER…) avec un tropisme particulier pour la stéroïdogenèse et le métabolisme thyroïdien (iode) (figure 3). Ils peuvent activer des récepteurs nucléaires et modifier l’expression des gènes. De ce fait, ils sont capables d’engendrer des effets transgénérationnels (sur le modèle dramatique du Distilbène®) (figure 4). Il n’y a pas d’effet-dose mais un effet-cocktail des différents PE auxquels nous sommes exposés. Quels sont les effets des PE sur la santé reproductive ? L’analyse des publications scientifiques sur le sujet apporte des preuves de plus en plus nombreuses de leur impact sur la fertilité masculine et féminine. Depuis la publication danoise de Carlsen, nombreuses sont les publications qui confirment la diminution constante du nombre et de la qualité des spermatozoïdes(1), mais aussi une altération du ratio des spermatozoïdes Y, plus vulnérables aux polluants(2,3,4). Un rapport de l’INSERM de 2013 fait le point sur les présomptions de liens entre altération du spermogramme et pesticides (figure 5). Chez la femme, une étude récente de 2017 passe au crible 97 publications sur l’altération de la folliculogenèse sous l’effet des PE (phtalates, BPA, tabac, hydrocarbures aromatiques, pesticides)(5). L’AMH, témoin de la réserve ovarienne, est abaissée dans le sang du cordon chez les femmes chinoises enceintes exposées aux hydrocarbures aromatiques(6). Dans le syndrome des ovaires polykystiques (OPK), une étude américaine a montré des taux de PCB, PFOA et PFOS plus élevés dans le sang des patientes avec OPK que chez des patientes sans OPK(7). Dans une autre étude, les taux plasmatiques de BPA sont supérieurs chez les patientes OPK et positivement corrélés à la sévérité de l’hyperandrogénie et à l’insulinorésistance(8). Une autre cause d’infertilité féminine est suspectée d’être en lien avec les perturbateurs endocriniens : on observe des endométrioses plus étendues et plus précoces(9). L’exemple du Distilbène® et des études réalisées sur modèle animal suggèrent ce lien(10,11). De plus, l’analyse autopsique de fœtus féminins a pu montrer des lésions d’endométriose(12). Enfin, 2 études cas-contrôles chez des patientes endométriosiques ont retrouvé des polluants dans le plasma (dioxines, pesticides organochlorés, PCB)(13) mais aussi dans le tissu adipeux (dioxines, PCB, PBDE, OCDF et cis heptachlor époxyde)(14). Dans les deux études, l’augmentation du risque d’endométriose profonde est liée à l’exposition aux PE. Les PE seraient responsables de fausses couches et d’échecs d’implantation. Une étude de 2014 montre une corrélation entre la présence dans le sang maternel de BPA conjugué au moment de la conception et le risque de fausse couche(15). Il existe des études incriminant également le DDT, les PCB, les dioxines et les phthalates qui incriminent aussi leur effet délétère sur l’implantation embryonnaire(16,17). Enfin, une étude s’intéressant aux biopsies d’endomètre révèle la présence de cadmium dans 91 % des infertilités inexpliquées versus 34 % chez des patientes fertiles(18). Lors des protocoles d’AMP, en particulier en FIV, une étude a montré que la concentration de phtalates urinaires chez les couples en préconception (n = 50) était corrélée négativement à la qualité des blastocystes(19). Une autre publication a montré l’effet délétère d’une concentration plus élevée en polluants organiques persistants (POP) dans le liquide folliculaire (n = 32) sur les résultats de la FIV(20).

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