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Sexologie

04 oct 2021

Le ou les orgasmes féminins : définitions, fonctions et représentations

Émilie MOREAU(1), Axelle ROMBY(2)

Les plaintes en lien avec l’absence ou les difficultés à accéder à l’orgasme sont fréquentes en consultation de sexologie. Phénomènes complexes, ces demandes posent la question de la définition de celui-ci, de la place qu’il prend pour l’individu et dans le couple et des conditions nécessaires à son obtention. Différentes étiologies des anorgasmies ou des retards à l’orgasme sont retrouvées et leur prise en soins est par conséquent complexe.
Nous verrons à quoi renvoie l’orgasme féminin d’un point de vue physique et psychique, ainsi que la fonction qu’il occupe pour le couple et pour le sujet. Les dysfonctions de l’orgasme et leur prise en soins seront abordées dans la prochaine rubrique.

L’orgasme, des définitions éminemment subjectives L’orgasme est communément admis comme étant le point culminant de l’excitation sexuelle, caractérisé par des sensations physiques intenses. D’autres définitions sont retrouvées : « état de tension, d’excitation, de turgescence d’un issu ou d’un organe », « effervescence des sentiments, mouvement incontrôlable de l’âme se traduisant par des phénomènes physiques », « point culminant de jouissance génésique qui accompagne la relation sexuelle normalement accomplie »(1). Ces définitions contiennent des éléments de langage nous amenant à considérer les dimensions anatomiques et physiologiques de l’orgasme, mais également ses dimensions psychiques et émotionnelles, ainsi que sa place par rapport à la norme sexuelle dans laquelle l’injonction à la jouissance est de plus en plus prégnante. L’orgasme et le corps W. Masters et V. Johnson ont décrit les premiers les phénomènes anatomiques et physiologiques observables chez les hommes et les femmes pendant un rapport sexuel dans Human Sexual Response, publié en 1966. Pour eux, les réponses orgasmiques ne peuvent être séparées de l’excitation et du plaisir qui le précède. D’un point de vue physiologique, ces chercheurs ont observé l’augmentation du rythme cardiaque, de la fréquence respiratoire et de la tension artérielle ainsi qu’une augmentation des taux circulants de prolactine, vasopressine, ocytocine, adrénaline et VIP. Au moment de l’acmé du plaisir sont également observées des contractions rythmiques du plancher pelvien ainsi que du vagin. Des phénomènes d’expulsion liquidienne, parfois nommées éjaculations féminines, sont également décrits par certaines femmes. L’orgasme et la psyché Il est communément admis que l’accès à l’orgasme nécessite de pouvoir « lâcher prise », c’est-à-dire la capacité à faire tomber temporairement les mécanismes de contrôle de soi, de contrôle de son image et de son mode de communication à l’autre. Toute la complexité du processus réside dans le fait que cette possibilité du lâcher prise ne relève pas, dans la majorité des cas, d’un processus conscient. Elle peut dépendre de la confiance placée dans le partenaire — mais nécessite surtout une autorisation consciente et inconsciente au plaisir — et d’une capacité à érotiser la situation sexuelle. Cette autorisation se met en place lors d’un développement psychosexuel adéquat, sans tabou excessif ou hors de processus familiaux posant l’interdit au plaisir. En finir avec la dichotomie orgasme clitoridien/ orgasme vaginal La simulation du gland du clitoris et/ou des issus qui l’entourent est le principal mode de simulation permettant d’accéder à l’orgasme. Une grande majorité de femmes rapporte que cette simulation leur est indispensable. Freud, dans son texte de 1931 « Sur la sexualité féminine » évoquait la nécessité de renoncer au plaisir clitoridien au profit du vagin et ce, afin d’atteindre la véritable maturité sexuelle. Cette position sera plus tard critiquée, notamment parce qu’elle serait fondée sur une construction de la sexualité féminine calquée sur la sexualité masculine. Cette dichotomie a longtemps été délétère sur la perception que les femmes avaient de leur sexualité ; elle continue de traverser le discours social via les magazines féminins notamment. Nombreuses sont les femmes se présentant en consultation avec un autodiagnostic d’anorgasmie, se révélant être une absence d’orgasme en pénétration, avec une fonction orgasmique fonctionnelle par ailleurs. Différents types de ressentis orgasmiques sont toutefois décrits par les femmes. L’orgasme clitoridien par simulation externe bien sûr, l’orgasme par pénétration vaginale permettant une simulation du corps interne du clitoris, mais également des orgasmes provoqués en pénétration profonde par la simulation du col de l’utérus et/ou de l’urètre. Les connaissances sur les mécanismes physiologiques des différents types d’orgasmes féminins sont encore très limitées, c’est pourquoi les classifications proposées sont encore fondées sur le récit subjectif que les femmes font de leurs expériences. L’orgasme, un enjeu dans le couple « Je ne jouis pas et cela dérange mon•ma partenaire », plainte fréquente dans nos cabinets, illustre bien l’enjeu que représente l’orgasme au sein du couple. L’accès à l’orgasme à deux peut être perçu comme une acceptation de l’abandon à l’autre, comme un cadeau, comme une validation des compétences érotiques de l’autre. L’orgasme peut également être perçu comme une façon de renforcer le lien, comme un moment de connexion nécessaire. Son absence peut alors mettre à mal ce lien, rendre les rapports sexuels angoissants par anticipation de la déception, les femmes étant alors appelées à « jouir pour l’autre », cela les éloignant ainsi toujours un peu plus des conditions nécessaires au lâcher prise.  

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