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Imagerie

13 juil 2018

Les anticorps monoclonaux révolutionnent l’imagerie de l’embryon

D’après un entretien avec Gérard COULY, Université Paris 6, INSERM, CNRS, Institut de la Vision

Grâce à la mise au point d’anticorps monoclonaux dirigés contre les protéines exprimées par les gènes des différents tissus embryonnaires, il est aujourd’hui possible de visualiser très précisément les étapes successives du développement de l’embryon. Cette révolution de l’imagerie de l’embryon n’est actuellement possible qu’à partir d’embryons morts issus d’IVG jusqu’à la fin de la douzième semaine de gestation ; de nombreuses étapes seront encore nécessaires avant d’appliquer cette technique à la détection d’anomalies au cours de la grossesse.

Les scientifiques s’attachent depuis de nombreuses années à mieux comprendre les étapes du développement embryonnaire normal et pathologique. Ces études portent sur des embryons morts issus d’IVG. « En France, il se pratique chaque année 220 000 IVG ; ces embryons sont utiles à la progression des connaissances et donc à la compréhension de la vie,indique le Pr Gérard Couly. Pendant longtemps, les apprentis chirurgiens ont disséqué des cadavres pour apprendre l’anatomie et pouvoir ensuite opérer. » Jusqu’à récemment, la technique était celle de Born, du nom de son inventeur. Elle consistait à pratiquer des coupes en séries des embryons, à les colorer, puis à faire une reconstruction tridimensionnelle à partir des plans des lames en fonction des issus, des vaisseaux, des organes, des ébauches des membres du crâne, etc. L’immunomarquage des tissus Depuis une quinzaine d’années, la révolution génétique a largement participé à la compréhension de la biologie du développement. On sait aujourd’hui identifier une grande parie des gènes, tant chez l’homme que dans d’autres espèces, ainsi que les protéines produites par ces gènes. À partir de là, on a pu élaborer des anticorps mono clonaux spécifiquement dirigés contre telle ou telle protéine produite par tel ou tel gène. Dès lors, il est devenu possible de repérer par immunomarquage les différents issus d’un embryon issu d’IVG (conservé par congélation), puis de reconstituer très précisément l’architecture des différentes structures embryonnaires à un temps donné du développement. On dispose actuellement d’une quarantaine d’anticorps monoclonaux capables de marquer les différents tissus embryonnaires. Par exemple, l’anticorps monoclonal Tag-1 dirigé contre une protéine fabriquée par les cellules de Schwann, permet de retracer tout l’arbre nerveux d’un embryon humain de 6 ou 7 semaines. Dès 7 semaines, on peut reconstituer le cœur en distinguant le myocarde, les valves, les artères coronaires, l’innervation cardiaque. Selon cette même technique, on a obtenu des images de l’appareil génital avec les ovaires ou les testicules. Une cartographie de l’embryon accessible sur le net Ainsi, les images obtenues en haute définition puis reconstruites en 3D, ont permis d’établir la cartographie cellulaire et moléculaire de l’embryon humain et de documenter son développement et celui précoce du fœtus. Ces recherches ont fait l’objet d’une publication dans le journal Cellen mars 2017(1). À cette occasion, un site internet(2) a été créé afin de permettre à tous les scientifiques ou les personnes intéressées de consulter les 80 vidéos illustrant ces reconstitutions étape par étape du développement de l’embryon humain. « Ces embryons reconstitués, filmés et publiés sur internet sont en quelque sorte éternisés. Ils transmettent une information pour comprendre la vie » explique le Pr Gérard Couly. Pas encore d’application clinique Quant à savoir quelles seront les retombées de cette révolution de l’imagerie embryonnaire pour la surveillance du développement embryo-fœtal chez la femme enceinte, il est beaucoup trop tôt pour le dire. « Ce n’est pas pour demain, ni après demain, estime le Pr Gérard Couly. On doit d’abord étudier et comprendre la toxicité et la dangerosité de ces anticorps monoclonaux pour la mère et l’enfant. » Mais quand cette technique d’imagerie embryonnaire sera possible chez la femme enceinte, elle permettra de voir très précocement des anomalies et des malformations chez le fœtus, et si besoin d’interrompre la grossesse au stade de l’IVG (avant 12 semaines) sans avoir à recourir ensuite à une interruption médicale de grossesse à 20 ou 24 semaines comme c’est aujourd’hui le cas. Ces interruptions tardives sont toujours extrêmement douloureuses pour les couples. Lorsqu’elle sera disponible, cette nouvelle technique d’imagerie embryonnaire constituera une grande avancée dans la surveillance des grossesses.

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