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Infectiologie

31 mar 2020

Grossesse et l’infection à SARS-CoV-2

Daniel Rotten, Saint-Denis

Daniel Rotten propose un tableau récapitulatif des données que nous avons à ce jour à propos du SARS-CoV-2 dans le cadre de la grossesse.

Épidémiologie La transmission interhumaine se fait par l’intermédiaire de gouttelettes transmises par voie respiratoire, en particulier lors de toux ou d’éternuements, et/ou manuportées. L’incubation dure une moyenne de 5 jours (2-14 jours). La contagiosité existe avant l’apparition des symptômes cliniques. Elle existe également chez les sujets asymptomatiques. Symptômes Quand ils sont présents, les symptômes observés pendant la grossesse sont les mêmes que ceux observés dans la population générale. La plupart du temps, il s’agit de symptômes bénins non spécifiques, évoquant une rhinite ou un syndrome grippal léger à modéré : toux, fièvre, fatigue, myalgies, arthralgies, expectorations. Mais il existe des formes plus sévères, avec des symptômes évoquant une pneumopathie. Les signes vont de la dyspnée au syndrome de détresse respiratoire aigüe. Il n’y a pas d’élément indiquant une plus grande susceptibilité des femmes enceintes à la contagion. Signes La pneumopathie se confirme par le scanner pulmonaire. La biologie montre une lymphopénie, une thrombopénie et une thrombocytopénie. Sévérité Extrêmement variable. La plupart des sujets présentent une forme bénigne. Mais la gravité peut être extrême, avec une létalité qui avoisine 1 %. Les formes graves surviennent de façon préférentielle chez les personnes à risque, parmi lesquelles on classe les femmes enceintes. Selon certaines estimations, les formes sévères concernent 20 % des sujets. Les enfants sont réputés présenter majoritairement des atteintes bénignes. Enfin, de nombreux sujets sont des porteurs sains. Leur nombre est difficile à estimer faute de dépistage exhaustif. Effets de l’infection à SARS-CoV2 sur la mère La complication la plus fréquemment observée est l’atteinte pulmonaire sévère, avec nécessité de traitements réanimatoires et d’assistance ventilatoire, pouvant aller jusqu’à l’ECMO. La fréquence réelle des pneumopathies graves est difficile à préciser, car seules sont disponibles de courtes séries de patientes. Mais on sait que les pneumopathies infectieuses, virales en particulier, sont une cause importante de morbi-mortalité chez les femmes enceintes. Les modifications d’immunité et les changements de la physiologie cardio-pulmonaire au cours de la grossesse ont été mis en cause. Effets de l’infection à SARS-CoV-2 sur la grossesse Il n’y a pas d’argument en faveur de l’existence d’un risque tératogène. Il ne semble pas exister de rapport entre l’infection et le risque de fausse couche ou de perte fœtale au deuxième trimestre. Les patientes développant une pneumopathie virale ont dans certaines séries un risque plus élevé de retards de croissance intra utérins, de morts fœtales in utero et de décès néonatals. Ces complications sont rapportées à l’hypoxémie maternelle. Pour évaluer le risque avec plus de précision, il manque cependant la comparaison avec des séries de patientes non exposées. Chez les patientes infectées par le SARS-CoV-2, le taux de ruptures prématurées des membranes et d’accouchements prématurés est plus élevé. La constatation concernant les accouchements prématurés est en partie à rapporter aux césariennes de sauvetage maternel. Transmission materno-fœtale Les données dont on dispose sont contradictoires. Plusieurs séries rapportent que, lorsqu’ils ont été réalisés, les prélèvements de liquide amniotique, de placenta, de sang de cordon et d’écouvillons de gorge faits chez les nouveau-nés de mère atteinte de SARS-CoV2 ont été négatifs. Sur ces données, il a été conclu à l’absence de transmission materno-fœtale du virus. Mais une série pédiatrique chinoise rapporte à l’inverse une casuistique sur 10 nouveau-nés présentant une pathologie sévère, et nés de mères infectées. On peut noter que les écouvillons pharyngés se sont avérés négatifs dans les 9 cas testés. La conclusion habituellement retenue de l’innocuité sur le nouveau-né de l’infection maternelle péri-partum par SARS-CoV-2 ne peut donc pas être retenue sans précautions. Allaitement Dans les quelques études disponibles, le virus n’a pas été détecté dans le lait. C’est le cas également pour d’autres virus apparentés. Il n’y a donc pas de contre-indication formelle à l’allaitement par les mères porteuses du virus SARS-CoV-2. Par contre, les mères qui souhaitent allaiter ou doivent tirer leur lait doivent respecter des règles d’hygiène drastiques lors des soins à leur nouveau-né (masque pour la mère, lavage des mains avant tout contact avec l’enfant). Cette règle doit d’ailleurs s’appliquer à toute personne porteuse du virus, quelques cas d’infection néonatale ont été diagnostiqués après transmission post-natale par voie aérienne pendant les soins prodigués aux enfants, par les parents ou le personnel infecté.  

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