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Sexologie

L’homme de demain

Publié le 17 Avr 2012

Philippe BRENOT, Directeur DIU de sexologie, Université Paris Descartes

Vignette L’homme de demain
Et l’on dit que les hommes ne parlent pas ! Et l’on dit qu’ils n’ont rien à dire ! Qu’ils ne ressentent rien ! Qu’ils n’ont pas d’émotion ! Les stéréotypes ont la peau dure. Un homme, ça n’a pas d’émotion, ça ne ressent pas, ça ne parle pas, ça ne connaît pas la tendresse, ça n’a pas de sentiment ou, du moins, ça ne les exprime pas ! Pour une part d’entre eux, je vous accorde que ces poncifs peuvent s’appliquer presque textuellement à certains hommes tant leurs attitudes masculines sont encore stéréotypées.
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Illustration : Salvador Dali, la naissance de l'homme nouveau Mais les changements sont plus importants que l’on imagine, il suffit pour cela de les interroger, de leur parler, de les amener à témoigner de leur vécu personnel, ce qu’ils font rarement, car on ne le leur demande jamais. Dans ma grande enquête sur l’intimité, la sexualité et les comportements amoureux des hommes en France (1), j’ai posé ces questions à plus de 2 000 hommes qui y ont répondu avec une sincérité qui m’a profondément étonné. J’écoute depuis 30 ans des hommes et des femmes parler de leur intimité, dans le secret de l’entretien psychothérapique, mais la confession personnelle et anonyme sur Internet permet des confidences qu’aucun psy ne peut entendre. Orgasme masculin Le plus surprenant est certainement la description très précise, parfois minutieuse, du vécu de l’orgasme masculin. Très curieusement, aucune étude antérieure n’avait posé cette question. Même dans son célèbre Rapport sur les hommes, Shere Hite a omis cette interrogation tellement elle devait paraître évidente. Dans le Dictionnaire de la sexualité humaine, à l’article orgasme, Jean-Claude Pénochet(2) fait cette remarque : « Dans le langage sexologique, et encore psychanalytique, le mot orgasme renvoie le plus souvent à l’orgasme féminin tant, semblet- il, celui de l’homme ne paraît pas poser de problème ». S’il ne pose pas de problème, il n’est jamais décrit. Et pourtant, ces hommes qui ne disent rien sont extrêmement loquaces lorsqu’ils parlent « à eux mêmes » de leur vécu personnel : « C’est un bonheur absolu, j’ai l’impression que je vais perdre connaissance » ; « Je ressens beaucoup de joie et de plaisir, surtout si ma partenaire jouit. » ; « Un sentiment de bonheur, d’émotion, de tristesse parfois. J’ai l’impression d’être ailleurs, hors du temps. Plaisir étrange, presque douloureux parfois. Déstabilisation. Sentiment d’être à nu » ; « C’est un abandon total du monde extérieur. Je me sens comme sur un nuage » ; « Indescriptible. Sensation que le corps se résume à une sensation de plaisir intense, chaud, disparition de la notion de temps. » ; « Non, c’est très difficile de décrire. D’autant plus que c’est un moment partagé par nous deux » ; « Zenitude, absence de tout repère, un certain lâcher prise. » ; « Une sorte de fusion contradictoire, comme si l’on montait et descendait à la fois, simultanément. Une sorte d’ouverture hypersensitive et, en même temps, un resserrement sur soi » ; « Je perds complètement pied, le terme de petite mort me va assez bien, avec un truc très joyeux en plus ! » Ce vécu très personnel dont ces hommes témoignent ici d’une façon particulièrement sensible ressemble sur de nombreux points au vécu féminin du plaisir et de l’orgasme. En 1970, le Rapport Hite sur les femmes fut une étape importante dans la lutte pour la reconnaissance du plaisir féminin. Si les hommes n’ont pas besoin d’être reconnus au plan de leur sexualité, ils le nécessitent sur celui des sentiments et de l’émotion. Ces témoignages sont peut-être une étape importante pour la reconnaissance de la capacité des hommes à exprimer leur vécu intime sans se dévaloriser. Confidences Ces hommes silencieux et réservés sur leur vécu, sur leurs sentiments, ne le sont peut-être qu’en surface. Peutêtre aussi ne savent-ils pas exactement ce qu’ils ressentent, ou du moins n’y sont-ils pas entraînés. Les femmes, surtout les femmes jeunes, ont souvent une « meilleure amie » avec qui elles échangent leur vécu personnel, avec qui elles partagent des émotions. Les hommes n’ont en général aucun confident pour ce qui est du vécu personnel. Pas même leur compagne. Peut-être est-il temps d’amener les hommes à exprimer leur vécu intérieur, à jouir des sensations qu’ils peuvent échanger avec la personne la plus proche d’eux, leur compagne. C’est certainement le chemin que les hommes sont en train de prendre et qui préfigure l’homme de demain.

 

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